24.02.2009
Les dérives de la diffusion de la musique sont-elles un réel danger pour elle ?
Voici comme promis une catégorie dédiée à un dossier que j'ai réalisé récemment sur un sujet qui me parle de plus en plus: le droit de la propriété intellectuelle.
Je ne prétends absolument pas être experte en la matière, et ce dossier n'a pour fonction que de lancer le débat et de mettre à plat mes idées en général sur le sujet. Idées qui d'ailleurs se sont précisées au fur et à mesure de mes lectures, de mes découvertes,... Je ne prétends pas que les idées exprimées dans ce dossier soient toutes sorties de ma seule réflexion personnelle, par contre je cite mes sources en fin de dossier et le fil conducteur, la façon d'expliquer, les formulations, le dossier en lui même est bien de moi-même!
Bien sûr, les idées ici exprimées sont incomplètes puisque depuis la constitution de ce dossier j'ai eu l'occasion d'agrandir ma culture générale à ce sujet.
(A titre d'exemple, le dossier ne parle que de la SACEM comme structure de protection de la propriété musicale, alors qu'il existe nombre de structures aux fonctions toutes bien distinctes, telles que la SPRE, l'ADAMI ou encore la SPEDIDAM (j'en passe..).)
La problématique de ce dossier et qui guide tout le fil de ma réflexion à ce sujet:
Les dérives de la diffusion de la musique sont-elles un réel danger pour elle ?
23:24 Publié dans Droit de la propriété intellectuelle | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
I) La large diffusion de la musique est paradoxalement un frein à la rémunération de ses auteurs.
Le passage d’un art non reproductible à la diffusion massive de reproductions musicales.
De nos jours, la musique a les moyens d’être diffusée largement. En effet, depuis l’apparition du disque, chacun peut écouter l’œuvre qu’il souhaite chez soi. L’invention du disque et sa diffusion dès le début du XXème siècle, puis celles du CD dans les années 80, ont alors représenté un réel avantage pour la musique, ses auteurs et ses interprètes. En plus des concerts payés par le public, la musique allait en effet pouvoir être rémunérée par l’achat de disques puis de CDs.
Au début des années 90, l’apparition d’Internet dans les foyers constitue un bouleversement des moyens de diffusion de la musique, et surtout de l’ampleur de cette diffusion. De plus en plus, les œuvres sont mises à disposition de tous, en quelques clics. Les circuits de distribution classiques sont bouleversés et la musique devient un art accessible à tous.
On assiste alors à une vraie rupture entre le système de diffusion ancien et celui d’aujourd‘hui. Alors que la musique revêtait un caractère non reproductible, et unique par le biais des concerts tous différents pour une même œuvre, elle devint dès sa diffusion sur supports matériels un art reproduit massivement. Alors qu’au XVIIIème siècle, la musique était essentiellement diffusée dans des salons strictement réservés à une élite, aujourd’hui n’importe qui peut écouter de la musique, et même en acquérir la propriété matérielle.
La matérialisation de la musique a posé le problème des droits d’auteur.
La matérialisation de la musique sur le support physique du CD a créé un premier problème.
En effet, le coût du CD incluant le prix de l’enregistrement, de la reproduction, de la rémunération de la maison d’édition du disque, de la fabrication matérielle de ce CD, le problème de la rémunération de l’artiste lui-même dans la fabrication de ce CD s’est posé. Pour faire simple, il faut bien rémunérer le fabricant du disque et le diffuseur de ce disque sur le marché. La rémunération de l’artiste était à déterminer dans ce processus.
En 1851, la SACEM, Société des Auteurs, Compositeurs et Éditeurs de Musique, est créée et devient alors l’organisme en charge de cette rémunération légitime. Dans ses buts on retrouve la défense des droits des compositeurs, auteurs et éditeurs, la protection de leurs œuvres et la préservation de « la liberté de créer, pour que vive la création musicale sous toutes ses formes ».
Sa mission essentielle réside dans la collecte des droits d’auteur et sa redistribution auprès des artistes. Toutes les œuvres déposées à la SACEM sont protégées du vivant de leurs créateurs et, après leur mort, pendant une période de 70 ans. A chaque reproduction et représentation, la SACEM collecte des droits et les redistribue aux ayants-droits de manière équitable.
La rémunération de l’artiste dans ce nouveau processus de diffusion de la musique, qu’était le support physique du CD, était donc régulée.
Un art largement diffusé et pourtant en danger.
Le phénomène de diffusion massive de la musique évoqué plus haut et provoqué par l’apparition de la reproduction sur supports physiques, a posé un deuxième problème d’actualité et à ce jour non résolu.
Auparavant les compositeurs et interprètes devaient la majeure partie de leur rémunération au caractère non-reproductible des concerts, des représentations et performances. La commande de l’œuvre musicale pouvait aussi être le fruit dune rémunération dès lors qu’il existait une commande.
La diffusion large de la musique par les supports physiques, a rendu la musique reproductible sur ces supports. L’auditeur écoute la musique autant de fois qu’il le souhaite, et l’artiste n’est plus rémunéré pour cela. C’est encore ici, d’une façon moderne la « commande », que constitue l’achat du CD, qui rémunère l’artiste.
La rémunération de la musique s’est alors trouvée restreinte puisqu’il n’y avait plus aucun besoin d’aller au concert ou de commander une œuvre avant de la trouver disponible immédiatement sur CD. Ce phénomène s’est accentué avec la diffusion large des œuvres musicales sur internet, et a fait de la musique un art en danger, du fait de sa grande diffusion.
En effet, malgré la tentative des organismes de protection des droits d’auteur de règlementer cet accès du grand public à la propriété musicale, il est de plus en plus difficile d’assurer ces droits. Le téléchargement de musique sur internet est gratuit dès lors que l’utilisateur le souhaite puisque la réglementation instaurée ne peut sanctionner des millions d’internautes. Dans les grands débats au ministère de la Culture, on cherche à sensibiliser le grand public à cette idée de la non-gratuité de la musique sur internet, et pourtant la musique ne cesse d’être encore et toujours partagée dans le monde entier, complètement librement.
Paradoxalement, la grande diffusion de cet art ne lui donne pas les moyens économiques de survivre et de connaître un essor toujours plus grand. Bien au contraire, plus personne ne veut payer pour quelque chose de disponible immédiatement et si simplement.
On continue à payer pour la performance de l’artiste, ou la « commande » mais elles sont de moins en moins recherchées, puisque des reproductions sont disponibles partout et tout le temps par le biais d’internet ou des CDs.
Payer la musique devient presque alors comme payer l’air qu’on respire, disponible immédiatement : une idée absurde.
23:23 Publié dans Droit de la propriété intellectuelle | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
I) La large diffusion de la musique est paradoxalement un frein à la rémunération de ses auteurs. (suite)
L’action du gouvernement face à cette dérive : du discours restrictif à la prévention.
Face à cette dérive, et face à la nécessité de stopper le téléchargement illégal de musique sur internet et de rémunérer comme il se doit les artistes, le ministère de la Culture est le premier acteur concerné et apte à engager de grandes réformes.
Un milliard de fichiers piratés ont été échangés en France en 2006. Le marché du disque a connu une chute de plus de 40 % en cinq ans. Dès lors que la sensibilisation du public à ce problème n’est pas suffisante pour stopper le phénomène, les moyens d’action sont limités.
En effet, en 2006, les lois prévues par le ministère de la Culture prévoient des sanctions pouvant aller jusqu’à 300 000 euros d’amende et trois ans de prison pour qui édite ou incite à l’usage d’un logiciel destiné au piratage des œuvres. La pénalisation semble le seul moyen radical pour stopper le téléchargement illégal.
L’insuffisance des résultats a sans doute poussé le ministère à s’engager sur une nouvelle dynamique. Plutôt que de sanctionner le téléchargement, on souhaite diversifier l’offre du téléchargement légal (payant) sur internet, permettre un accès très rapide à ce type de téléchargement, rendre le maximum d’œuvres disponibles sur internet sur des sites de téléchargement payant. Le consommateur pouvant télécharger directement et facilement sera plus enclin à payer pour cela que de chercher à passer par des sites illégaux.
Cette orientation avait déjà été amorcée en 2006 avec la volonté de "mettre en place une offre légale encore plus attractive et des dispositifs pour informer les internautes sur les dangers du piratage et du téléchargement illégal".
La nouveauté en 2008 est celle d’alléger le discours du ministère, sans doute pour « dédramatiser » la situation.
En effet, en juin 2008, le nouveau projet de loi contre le téléchargement illégal présente non seulement la naissance d’une Haute Autorité en charge de la prévention et de la sanction du téléchargement illégal, mais aussi une nouvelle « commission de protection des droits » dont les mesures contre le téléchargement illégal sont bien moins radicales.
La volonté du ministère est bien aujourd’hui de faire évoluer les mentalités. Aussi, au lieu d’adopter un discours restrictif et menaçant envers les internautes, plusieurs avertissements sont prévus avant de mettre en pratique de réelles sanctions.
Le projet de loi prévoit alors un premier avertissement par message électronique et un deuxième par lettre recommandée à l’internaute qui télécharge illégalement. La sanction prévue en cas de non prise en compte de ces avertissements par l’internaute est une suspension de l’abonnement internet de trois mois à un an.
Tout est mis en œuvre pour faire passer le message de la nécessité de ces droits d’auteur pour les artistes, et on approfondit l’idée de l’élargissement de l’offre musicale légale sur internet. Le Gouvernement souhaite, avec ce projet de loi, garantir « le droit de propriété et le droit moral des créateurs », d’une part, « la protection de la vie privée des internautes », d’autre part.
Malgré ces bonnes volontés, le problème posé par la diffusion massive de la musique sur internet est loin d’être résolu. Des millions de fichiers musicaux sont encore téléchargés illégalement chaque année, du fait de cette sensation qu’on n’a pas forcément à payer pour quelque chose d’aussi disponible et d’aussi facile à acquérir.
23:23 Publié dans Droit de la propriété intellectuelle | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
II) Le cas particulier de la musique classique.
La musique classique et la problématique du domaine public
La musique classique souffre d’autant plus de cette grande diffusion et de la facilité de se procurer une œuvre gratuitement, que ce sont des œuvres du passé et que nombre d’entre elles sont passées dans le domaine public.
Les œuvres musicales deviennent en effet entièrement libres de droits d'auteurs lorsque ceux-ci sont décédés depuis plus de 70 ans, et une fois passées dans le domaine public, elles peuvent être librement copiées et distribuées en France sans restriction aucune.
Par exemple, le 1er janvier 2008 c’est toute l’œuvre de Maurice Ravel qui devait entrer dans le domaine de public. Mais il existe des exceptions à cette durée de protection des œuvres. Il faut en effet ajouter des « prorogations de guerre » à la durée de protection d’œuvres composées et publiées avant les grands conflits mondiaux. En effet, ces œuvres ont souffert de plusieurs années de conflits mondiaux où elles n’ont pu être exploitées et mises à disposition du grand public. Il existe donc un décompte précis du nombre d’années et de jours à rajouter à la durée de protection de chaque œuvre selon l’année de sa composition. Dans notre exemple, contrairement aux idées reçues, le Boléro de Ravel n’est pas libre de droit depuis le 1er janvier 2008. Composé en 1928, il a été composé avant la fin des conflits mondiaux. Il faut donc rajouter 8 ans et 120 jours à sa durée de protection. Il ne sera donc pas libre de droits d’auteur avant l’année 2016.
Malgré ces exceptions précises, ce sont tout de même chaque année plusieurs œuvres de musique classique qui entrent dans le domaine public et il est alors encore plus facile de se procurer une œuvre de musique classique sur internet qu’une œuvre quelconque de musique.
Pourtant il apparaît clair que les œuvres de musique classique ne sont pas aussi libres qu’on le pense et c’est un secteur encore plus en danger que celui de la musique en général, du fait de la méconnaissance des internautes aux sujets des droits sur lesquels la musique classique repose.
Les droits voisins aux droits d’auteur
Alors que beaucoup d’œuvres de musique classique ont été composées par un auteur décédé depuis plus de 70 ans, on a tendance à penser alors que l’on peut se procurer et reproduire, diffuser cette œuvre sans aucune restriction. Ceci est vrai à une nuance près. Les œuvres entrent dans le domaine public à deux conditions : son compositeur doit être décédé depuis plus de 70 ans (avec les exceptions que nous avons vu, parmi beaucoup d’autres), et l’interprétation concernée de cette œuvre doit avoir été publié depuis plus de 50 ans. La deuxième condition a tendance à être oubliée.
Derrière cet oubli se cache un réel problème pour le marché de la musique classique. En effet les interprètes qui font vivre ses œuvres en les jouant des siècles plus tard tirent leur rémunération de droits qui leur sont réservés : les « droits voisins aux droits d’auteur ». Chaque interprétation est donc un bien distinct de l'œuvre elle-même et qui a droit à une protection spécifique, non associée à la protection de l’œuvre à proprement parler.
Pour les amateurs de musique classique, cette dimension est à ne pas oublier puisque la loi punit de 2 ans d’emprisonnement et de 152 449,02 euros d’amende toute reproduction, communication ou mise à la disposition du public, à titre onéreux ou gratuit, d’une prestation, d’un enregistrement, sans l’autorisation du titulaire des droits. L’importation ou l’exportation de ces biens sans l’autorisation du titulaire des droits est puni des mêmes peines. Pour l’internaute, il s’agit de s’assurer que l’œuvre qu’il veut se procurer ou qu’il veut diffuser est non seulement libre de droits d’auteur mais aussi libre de droits voisins (précisément, enregistrée et publiée il y a plus de 50 ans).
C’est finalement toute la survie du secteur de la musique classique qui est en jeu. Sans interprètes, plus d’interprétations !
23:23 Publié dans Droit de la propriété intellectuelle | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
II) Le cas particulier de la musique classique. (suite)
Un secteur peu touché par les stratégies marketing qui aident le marché musical en général
On a vu que le marché de la musique était menacé par la réticence du grand public à payer pour de la musique immédiatement et facilement disponible.
Face à la crise du disque qui menaçait de plus en plus le marché musical, les maisons de disques ont réagi avec de nouvelles stratégies. Elles ont fait du disque un produit de plus en plus « marketing », en le rendant attractif.
La diversification des pochettes de disque, la multiplication des photos dans les livrets, la présence de bonus dans des Cds qui se convertissent en Dvd une fois mis dans l’ordinateur, … sont autant de facteurs pour pousser le consommateur à acheter un Cd plutôt que de télécharger la musique qui s’y trouve.
La « customisation » du disque n’est pas la seule stratégie de fidélisation du consommateur aux produits du marché de la musique. On peut trouver beaucoup de « produits dérivés », signés au nom ou à l’image des artistes.
Dans le cas de la musique classique, ces stratégies marketing sont peu répandues. En effet, il n’existe pas de « starification » des artistes interprètes de musique classique ou très peu. La médiatisation ne concerne que quelques musiciens isolés à l’instar d’André Rieu, mais souvent très décriés par les connaisseurs.
Les vraies « stars » de la musique classique ne sont pas médiatisées ni adulées comme les artistes de la musique de variétés. Aussi il est difficile de trouver un marché dans des produits dérivés. Au sein de ces stratégies marketing, pour le cas de la musique classique, seule l’amélioration de la présentation de la pochette et du livret peut aider au maintien des achats de Cds. On retrouve d’ailleurs souvent des commentaires détaillés des œuvres dans les livrets des Cds de musique classique, qui peuvent pousser à l’achat du Cd plutôt qu’au téléchargement simple sur internet.
Du fait de la différence de popularité de la musique classique confrontée à la variété, les stratégies marketing employées pour celle-ci ne peuvent s’appliquer au secteur classique, rendant le maintien de sa rémunération un peu plus difficile encore.
Un style de musique peu populaire
La difficulté pour le secteur de la musique classique réside aussi beaucoup dans sa diffusion effective par les grands médias. Si la diffusion est large sur internet et encore plus disponible que d’autres styles de musique, c’est un style de musique dont on entend moins parler, qu’on entend tout simplement moins au quotidien.
Les magazines font place entière aux compositeurs actuels, mais très peu aux interprètes de musique classique (à l’exception de magazines spécialisés tels que Diapason ou Le monde de la musique par exemple).
A la télévision, sur les grandes chaînes, les programmes relatifs à la musique classique sont en grande majorité placés en fin de soirée, ou en pleine nuit. Deux exceptions uniquement : les chaînes plus spécialisées telles que Mezzo sur le cable, et les Victoires de la musique chaque année.
Enfin, seules deux radios, France musique et Radio Classique, se spécialisent dans la musique classique, tandis que toutes les autres radios ne passent jamais de ce style de musique.
Ainsi pour Andrew Clarke, critique musical au Financial Times, "la musique classique est mal équipée pour survivre dans une culture de l’instantané. Elle a, en effet, pour valeurs principales la discipline, la concentration, la recherche de la perfection, l’individualisation, la contemplation spirituelle et/ou philosophique. Pour se plonger dans la musique classique, il faut développer une sensibilité à mille lieues des valeurs majoritaires d’aujourd’hui […]. »
Le cas de la musique classique est donc délicat dans ces dérives de la diffusion de la musique. En effet, la problématique du domaine public fait oublier aux amateurs l’existence des droits voisins aux droits d’auteur et le secteur classique reste peu influencé par les stratégies marketing pouvant aider au maintien du marché du disque, et peu populaire dans les grands médias.
23:22 Publié dans Droit de la propriété intellectuelle | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Synthèse des deux premières parties
La diffusion de la musique a connu plusieurs dérives. L’essor de cet art d’abord encouragé par l’apparition du Cd et de nouveaux modes de « consommation » par le grand public, a vite été en danger avec l’apparition d’Internet et de la diffusion massive et gratuite de la musique. Si la diffusion par le support du Cd avait posé le problème de la rémunération de l’artiste vite résolu par la naissance de la SACEM et des droits d’auteur, la diffusion par le biais d’internet a posé, elle, le problème d’une propriété musicale qui était mise à disposition de n’importe quel internaute.
Le contrôle d’un compositeur sur la propriété qu’il veut conserver sur son œuvre, la rémunération qu’il peut tirer de son exploitation, devient difficile, dès lors que les œuvres sont disponibles immédiatement et facilement gratuitement, en d’autres termes, la propriété de tout le monde. Les tentatives de régulation de ces dérives par le gouvernement laissent encore peu de résultats puisqu’il s’agit bien de faire évoluer des mentalités et non de sanctionner massivement.
Dans ces problématiques, le cas de la musique classique est un cas particulier, et encore plus susceptible de souffrir de ces dérives. En effet, si bon nombre d’œuvres sont tombées dans le domaine public, les interprétations toujours nouvelles de ces œuvres ont aussi des droits, et ces droits voisins aux droits d’auteur sont souvent oubliés.
Contrairement aux idées reçues, la durée de protection d’une œuvre de musique classique est compliquée et pleine d’exceptions, et toute la musique classique n’est pas d’ores et déjà libre de droits. Ce serait un secteur particulièrement en danger si ses interprètes ne pouvaient plus toucher leurs droits.
Enfin, la musique classique reste un style de musique peu populaire, dont le marché est peu influençable par de quelconques stratégies marketing. Les quelques solutions que l’on peut trouver pour compenser la perte de rémunération des artistes d’aujourd’hui du fait du téléchargement sur internet, ne peuvent s’appliquer au secteur de la musique classique.
Comment lutter contre cette perte de vitesse dans le secteur du disque, cette recherche de plus en plus difficile de rémunérations pour l’artiste et l’interprète, ce paradoxe d‘un art diffusé mais de plus en plus en danger ? Quelles solutions peut-on envisager face à ces dérives, autant pour la musique en général que pour la musique classique ?
23:22 Publié dans Droit de la propriété intellectuelle | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
III) Le retour à d’anciens modes de diffusion est-il une solution?
La solution qui consiste à développer toujours plus la branche marketing semble desservir l’objet réel de l’art musical
Pour soutenir le secteur du disque, la tendance a été ces derniers temps de développer toujours plus la branche marketing, avec les stratégies que nous avons évoqué.
En parallèle du développement de l’offre légale sur internet, la fidélisation du consommateur avec l’introduction de « gadgets » dans des coffrets « collector » par exemple, semble être la direction prise dans tout le secteur.
Même si le secteur de la musique classique est moins touché, il s’oriente de plus en plus vers cette solution, qui donne un côté « inédit » et unique de l’objet en question et qui pousse ainsi à l’achat. On retrouve l’idée d’un objet au caractère « non-reproductible » qui lui donne sa valeur.
La solution marketing pose pourtant un problème d’évolution de l’art musical. Si le consommateur n’achète un Cd plus que pour sa présentation et les gadgets ou bonus qu’il offre, qu’en est-il de l’œuvre en elle-même ?
Le développement de cette branche marketing nécessite évidemment des départements marketing entiers, de nouvelles idées, de nouveaux concepteurs. Tout ceci a un coût et on peut légitimement se demander si la rémunération de l’artiste en tirera réellement un bénéfice.
Cette « solution » pour la survie du disque est tout aussi bien le développement d’un secteur nouveau, indépendant du secteur musical, et qui ne lui apportera peut-être pas plus de ressources de manière significative.
La musique nécessite une autre orientation que l’orientation marketing parce que celle-ci a ses limites.
Les messages des publicités contre le téléchargement illégal, la tentative de sensibilisation des gouvernements, sont autant de mesures qui sont aujourd’hui dans les esprits, mais qui ne marquent pas assez pour être des solutions en soi, les droits d’auteurs et droits voisins ne seront bientôt plus suffisants pour aider à la rémunération des artistes en pleine crise du disque, et la branche marketing est une mode qui a ses limites en tant que solution en particulier pour le secteur classique.
Quelle nouvelle orientation est possible pour le secteur musical ?
Le spectacle vivant et non-reproductible comme meilleure solution ?
Si l’on s’attache au secteur de la musique classique, qui semble être plus touchée encore par la crise du disque, on s’aperçoit que pour autant, il existe toujours un engouement pour ce style de musique.
Ce sont les chiffres des évènements et festivals qui parlent d’eux-mêmes :
- La Folle Journée de Nantes de l’année 2008 a recensé 120.000 entrées et 91 % des billets disponibles vendus.
- 1.813.000 spectateurs ont regardé en 2003 les Victoires de la Musique
Classique sur France 3
Les chiffres du spectacle vivant, des concerts, représentations, et festivals montrent tous un engouement du grand public pour la musique classique.
Finalement la crise du disque cache le fort potentiel de tout le secteur musical dans le spectacle vivant.
En suivant notre premier argument qui consistait à dire que le non-reproductible est plébiscité du fait de son caractère inédit et que la diffusion massive de la musique avait donné la sensation d’un art reproduit à l’infini qui n’avait plus de valeur pécuniaire, on peut voir en ce non-reproductible la véritable solution pour tout le secteur musical.
On rémunérera toujours un artiste pour une performance et le public apprécie d’assister à ces performances plus que d’écouter un cd. La source de rémunération la plus grande pour un artiste est évidemment la participation d’un public venu assister à des évènements uniques en soi. La rareté créé la valeur en quelque sorte.
23:21 Publié dans Droit de la propriété intellectuelle | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
III) Le retour à d’anciens modes de diffusion est-il une solution? (suite)
Une orientation vers le « non-reproductible » qui semble s’imposer peu à peu
Le nombre croissant des festivals de musique, des concerts, des représentations et performances montre que tout le secteur comprend peu à peu l’importance de cette dimension.
Des organismes voient le jour pour pousser à cette orientation.
Parmi eux, l’association ArtSILO, propose une solution pour le moins avant-gardiste, en se donnant pour but de « favoriser la diffusion et la production de l’Art Libre. ». Elle se propose de faire l’intermédiaire entre artistes et public, de profiter de la diffusion massive de la musique et de justement s’appuyer sur elle pour en faire un avantage pour les artistes. Remettant en cause le système des droits d’auteur, jugés non suffisants pour la rémunération des musiciens, elle voudrait mettre en ligne encore plus d’œuvres de manière totalement libre, créer un catalogue d’œuvres pour que chaque artiste « bénéficie de la diffusion sauvage ». Pour ArtSILO cette diffusion sauvage permet une visibilité des artistes auprès des professionnels de la diffusion favorisant les contrats entre ceux-ci.
ArtSILO propose enfin trois orientations pour le secteur musical :
- Un système de dons du grand public aux artistes, organisé par ArtSILO, pour les rémunérer de cette diffusion libre de leurs œuvres qu’ils autorisent.
- Le développement de l’évènementiel et du non-reproductible par l’intermédiaire de contrats aidés par ArtSILO.
- Le développement de la « valeur de l’objet », c’est-à-dire des Cds sérigraphiés dans des boites originales… pour donner une valeur légitime et non symbolique à l’objet.
Là aussi, une nouvelle mentalité doit s’imposer. En effet, si le non-reproductible est en plein essor il faut soutenir cet essor, et assurer sa pérennité. Le secteur musical semble avoir bien compris l’importance des jeunes générations dans l’avenir de la musique, d’autant plus que cette jeune génération est une « génération internet » qui sera de plus en plus apte à télécharger librement et de moins en moins encline à consommer autrement que par internet.
Dans le secteur musical en général, on tente d’attirer les jeunes générations par la médiatisation de « jeunes stars », par la fidélisation des jeunes à toujours plus de gadgets.
Pour la musique classique, les concerts « jeune public » sont de plus en plus fréquents. On a bien compris que le maintien d’un secteur passe par sa présence dans l’esprit des jeunes générations.
Le retour au passé comme avenir pour la musique
Finalement, on semble vouloir revenir à une ancienne conception des modes de diffusion musicaux.
Au XIXème siècle, les salons musicaux permettait à l’artiste de donner une performance et d’en tirer une rémunération mais aussi d’entretenir une relation d’intimité avec son public, de donner à ses prestations un caractère inédit.
Aujourd’hui, nombre d’artistes déplorent la perte de convivialité des concerts. Le public est un public passif qui ne fait qu’assister et payer. Beaucoup d’artistes sont en faveur d’un retour aux cadres intimistes.
C’est donc une vision des siècles passés qui tendent à s’imposer dans les mentalités et ce serait finalement la conception du passé qui serait l’avenir possible pour tout le secteur musical.
Conclusion
Finalement, les dérives de la diffusion de la musique ne seraient pas un réel danger pour elle mais un moyen d’évoluer, de changer d’orientation et de revenir à des modes de diffusion du passé.
La musique qui souffrait de ce désavantage de pouvoir être reproduite à l’infini et de perdre sa valeur d’objet unique, peut donc transformer ce désavantage en une force, en valorisant son côté unique par le spectacle vivant et la relation de l’artiste au public.
23:21 Publié dans Droit de la propriété intellectuelle | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Sources utilisées pour ce dossier et mot de l'auteur!
Première partie
* http://www.jamendo.com/fr
* http://www.sacem.fr
* http://www.touteslesreformes.com
* http://www.premier-ministre.gouv.fr/chantiers/culture_851
Deuxième partie
* http://www.domaine-public.net
* http://fr.wikipedia.org
* « Vingt préconisations pour la survie des disques de musique classique » - rapport de Louis Bricard (2003)
Troisième partie
* http://www.artsilo.fr
* http://www.jamendo.com/fr
* « Vingt préconisations pour la survie des disques de musique classique » - rapport de Louis Bricard (2003)
Le mot de la fin...
J'espère pour ceux qui sont allés jusqu'au bout que ce dossier vous a plu. Personnellement, j'ai eu beaucoup de plaisir à travailler sur ce sujet qui était totalement nouveau pour moi. Des problématiques sur lesquelles j'ai encore assez peu de recul pour pouvoir exprimer un avis tranché, mais qui, je l'espère, pourra être sujet à débat sur ce blog.
A bientôt!
23:20 Publié dans Droit de la propriété intellectuelle | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note



