24.02.2009
I) La large diffusion de la musique est paradoxalement un frein à la rémunération de ses auteurs.
Le passage d’un art non reproductible à la diffusion massive de reproductions musicales.
De nos jours, la musique a les moyens d’être diffusée largement. En effet, depuis l’apparition du disque, chacun peut écouter l’œuvre qu’il souhaite chez soi. L’invention du disque et sa diffusion dès le début du XXème siècle, puis celles du CD dans les années 80, ont alors représenté un réel avantage pour la musique, ses auteurs et ses interprètes. En plus des concerts payés par le public, la musique allait en effet pouvoir être rémunérée par l’achat de disques puis de CDs.
Au début des années 90, l’apparition d’Internet dans les foyers constitue un bouleversement des moyens de diffusion de la musique, et surtout de l’ampleur de cette diffusion. De plus en plus, les œuvres sont mises à disposition de tous, en quelques clics. Les circuits de distribution classiques sont bouleversés et la musique devient un art accessible à tous.
On assiste alors à une vraie rupture entre le système de diffusion ancien et celui d’aujourd‘hui. Alors que la musique revêtait un caractère non reproductible, et unique par le biais des concerts tous différents pour une même œuvre, elle devint dès sa diffusion sur supports matériels un art reproduit massivement. Alors qu’au XVIIIème siècle, la musique était essentiellement diffusée dans des salons strictement réservés à une élite, aujourd’hui n’importe qui peut écouter de la musique, et même en acquérir la propriété matérielle.
La matérialisation de la musique a posé le problème des droits d’auteur.
La matérialisation de la musique sur le support physique du CD a créé un premier problème.
En effet, le coût du CD incluant le prix de l’enregistrement, de la reproduction, de la rémunération de la maison d’édition du disque, de la fabrication matérielle de ce CD, le problème de la rémunération de l’artiste lui-même dans la fabrication de ce CD s’est posé. Pour faire simple, il faut bien rémunérer le fabricant du disque et le diffuseur de ce disque sur le marché. La rémunération de l’artiste était à déterminer dans ce processus.
En 1851, la SACEM, Société des Auteurs, Compositeurs et Éditeurs de Musique, est créée et devient alors l’organisme en charge de cette rémunération légitime. Dans ses buts on retrouve la défense des droits des compositeurs, auteurs et éditeurs, la protection de leurs œuvres et la préservation de « la liberté de créer, pour que vive la création musicale sous toutes ses formes ».
Sa mission essentielle réside dans la collecte des droits d’auteur et sa redistribution auprès des artistes. Toutes les œuvres déposées à la SACEM sont protégées du vivant de leurs créateurs et, après leur mort, pendant une période de 70 ans. A chaque reproduction et représentation, la SACEM collecte des droits et les redistribue aux ayants-droits de manière équitable.
La rémunération de l’artiste dans ce nouveau processus de diffusion de la musique, qu’était le support physique du CD, était donc régulée.
Un art largement diffusé et pourtant en danger.
Le phénomène de diffusion massive de la musique évoqué plus haut et provoqué par l’apparition de la reproduction sur supports physiques, a posé un deuxième problème d’actualité et à ce jour non résolu.
Auparavant les compositeurs et interprètes devaient la majeure partie de leur rémunération au caractère non-reproductible des concerts, des représentations et performances. La commande de l’œuvre musicale pouvait aussi être le fruit dune rémunération dès lors qu’il existait une commande.
La diffusion large de la musique par les supports physiques, a rendu la musique reproductible sur ces supports. L’auditeur écoute la musique autant de fois qu’il le souhaite, et l’artiste n’est plus rémunéré pour cela. C’est encore ici, d’une façon moderne la « commande », que constitue l’achat du CD, qui rémunère l’artiste.
La rémunération de la musique s’est alors trouvée restreinte puisqu’il n’y avait plus aucun besoin d’aller au concert ou de commander une œuvre avant de la trouver disponible immédiatement sur CD. Ce phénomène s’est accentué avec la diffusion large des œuvres musicales sur internet, et a fait de la musique un art en danger, du fait de sa grande diffusion.
En effet, malgré la tentative des organismes de protection des droits d’auteur de règlementer cet accès du grand public à la propriété musicale, il est de plus en plus difficile d’assurer ces droits. Le téléchargement de musique sur internet est gratuit dès lors que l’utilisateur le souhaite puisque la réglementation instaurée ne peut sanctionner des millions d’internautes. Dans les grands débats au ministère de la Culture, on cherche à sensibiliser le grand public à cette idée de la non-gratuité de la musique sur internet, et pourtant la musique ne cesse d’être encore et toujours partagée dans le monde entier, complètement librement.
Paradoxalement, la grande diffusion de cet art ne lui donne pas les moyens économiques de survivre et de connaître un essor toujours plus grand. Bien au contraire, plus personne ne veut payer pour quelque chose de disponible immédiatement et si simplement.
On continue à payer pour la performance de l’artiste, ou la « commande » mais elles sont de moins en moins recherchées, puisque des reproductions sont disponibles partout et tout le temps par le biais d’internet ou des CDs.
Payer la musique devient presque alors comme payer l’air qu’on respire, disponible immédiatement : une idée absurde.
23:23 Publié dans Droit de la propriété intellectuelle | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note




Commentaires
Très interessant ce que tu décris.
Et moi qui pensais avoir bonne conscience en payant les cd que j'achète... :s
"L’auditeur écoute la musique autant de fois qu’il le souhaite, et l’artiste n’est plus rémunéré pour cela. "
Je n'y avais jamais pensé. :(
Ecrit par : Mylène | 27.02.2009
Moi ça me fait penser à des "actionnaires" (oui la comparaison est limite).
On "achète des parts" sur l'oeuvre en achetant un CD, c'est comme si on devenait propriétaire d'un petit bout de l'oeuvre puisqu'on a la possibilité de l'écouter en boucle quand on veut. Pour moi cette possibilité là, c'est bien "posséder" une oeuvre, en disposer entièrement et à volonté.
Pour autant, la rémunération par le CD, je ne la réfute pas, c'est la meilleure solution qu'on ait trouvée à ce jour...
Ecrit par : Senne, la proprio du blog | 27.02.2009
... et à cumuler les parts... le monde entier possède l'oeuvre, et elle n'appartient plus à l'auteur. (?)
C'était la fin de ma comparaison, que j'ai oubliée en route! ;)
Ecrit par : Senne, la proprio du blog | 27.02.2009
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